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Un nouveau compagnon

La suite de la "la mort d'un géant"...

La suite de la "la mort d'un géant"...

                    Le fuyard sort de sa cachette aussitôt ses poursuivants partis. Il est jeune, la vingtaine, brun et plutôt avenant. La foule se regroupe bientôt autour de nous, et avant qu’il ne prononce un mot, je lui prends le poignet et l’invite à quitter la place au plus vite. Le sergent n’est pas très fûté, mais il n’est pas totalement idiot, il risque vite de s’apercevoir que je lui ai indiqué une mauvaise direction. Et puis, au milieu de cette foule, parler peut s’avérer risqué, trop d’oreilles indiscrètes. Moins il en dit et mieux ce sera.

 

- Messieurs, je vous remercie, lâche-t-il d’un air enjoué tandis que je le traîne littéralement derrière moi.

 

Je le tire comme un gosse qui refuserait de rentrer chez lui, tandis que Harken couvre nos arrières, à l’affût du moindre regard suspect ou haineux.

 

- Laissez-moi au moins me présenter, reprend le fugitif. Je sais qui vous êtes, je suis honoré, je…

 

Je me retourne et lui lance un regard glacial avant de désigner d’un coup d’œil tous les hommes et les femmes qui nous entourent et qui pourraient bien, contre quelques espèces, nous vendre à l’autre face de pet, seulement quelques minutes après avoir couvert sa fuite. Le vent tourne vite à Kos*…

 

- On m’a volé ma bourse ! Au voleur ! Au voleur ! s’écrie un homme dans a foule.

 

Qu’est-ce que je disais ? Mon regard glacial passe du jeune homme à Harken en moins d’une seconde. Ses premiers méfaits viennent d’être découverts, il est grand temps de déserter les lieux.

 

Nous nous élançons alors dans le dédale des petites ruelles qui mènent à notre auberge bien-aimée en quelques minutes. D’un coup de tête que je connais bien, Harken me fait savoir que nous n’avons pas été suivis. Nous pénétrons « la fesse heureuse ». (désolé, c’était facile, mais bon, parfois, céder à la facilité…)

A cette heure de la journée, le client se fait rare, notre entrée ne passe pas inaperçue. Les serveuses n’ont pas encore découvert leurs charmes pour servir les derniers poivrots de l’après-midi, elles le feront ce soir pour attirer les faveurs des meilleurs clients. Nous nous installons dans l’arrière salle, à l’abri des regards indiscrets, mais notre passage est suivi avec attention par les quatre serveuses qui n’ont d’yeux que pour notre fuyard. Je ne prends vraiment conscience de sa prestance et de son charme qu’à cet instant, à la façon dont les filles d’ici le mangent des yeux. Elles ne m’ont jamais regardé comme ça, les gourgandines !!!

L’homme a la démarche souple et déterminée, et ses atours ne sont pas ceux d’un vagabond pris en chasse pour avoir dérobé une pomme à l’étalage. Il a un joli pantalon doré, avec un liseron écarlate qui lui court le long de la jambe, des bottes en cuir de qualité, une ceinture à la boucle dorée dont je parierai fort qu’il s’agisse d’or. A la façon de le regarder, je devine qu’Harken se pose les mêmes questions. Sa chemise en lin, son débardeur en cuir écarlate qui rappelle le fin liseré, dénote chez lui un certain goût et indéniablement une certaine richesse. Serait-ce un noble ? Le fils renié d’un patricien ? Un bâtard à la langue trop pendue ? Ou peut être un courtisan qui aurait vu ou entendu ce qu’il ne fallait ni voir ni entendre…

 

- Maintenant tu peux parler, lui dis-je une fois attablés.

 

- Oh oui, vous êtes des hommes prudents et avisés, répond il en souriant. J’ai de la chance dans mon malheur, je tombe sur l’homme que j’admire le plus… Breth Harken…

 

Oui, c’est peut être bien un courtisan. Il sait trouver les mots qui flattent.

 

- Oui enfin, moi c’est Breth, et lui c’est Harken.

Mon ami incline légèrement la tête en guise de salut, froid et distant face à l’étranger, fidèle à ses habitudes.

 

- Moi je m’appelle Luca. J’ai vraiment de la chance de vous avoir rencontré.

 

- Ca tu peux le dire, parce qu’à cette heure l’autre face de pet te traînerait déjà derrière la croupe de son bourrin !

 

- Non, ce que je veux dire, c’est que Breth et Harken, je pouvais pas trouver mieux, vous êtes des légendes dans la cité, vous allez sûrement pouvoir m’aider.

 

- Dis-moi Breth, c’est pas ce qu’on vient juste de faire, intervient mon ami, un brin narquois.

 

Une serveuse nous amène sans qu’on ait eu besoin de commander, trois pintes de bière. Ici, nos habitudes sont connues. Le midi, c’est hydromel, la journée, c’est bière, et le soir, c’est pinard… Il s’agit de la belle Weenara, et je la vois couver notre inconnu d’un regard charmeur après s’être outrageusement baissée pour lui exposer sa belle paire de nichons sous le nez. Le jeune homme se rince l’œil, qui l’en blâmerait, (pas moi, ça fait un mois que je la drague) et se met à rougir jusqu’aux oreilles lorsqu’Harken et moi le surprenons l’œil dans le décolleté.

 

- Je veux faire partie de votre bande, déclare d’un coup notre petit Luca aussitôt que Weenara ait enfin daigné s’éloigner.

 

Il plonge le nez dans la mousse de sa chope et la vide à moitié en nous lançant des regards hésitants. Il attend notre réponse avec une fébrilité palpable et me fait alors penser à ce jeune écuyer que j’avais supervisé il y a quelques années. Son père m’avait engagé pour retranscrire dans une geste poétique et héroïque la cérémonie de son adoubement. Il a à cet instant le même regard intimidé que lui au moment de la remise de son épée par son maître chevalier. Mais moi, je n’ai rien à lui remettre, et je ne suis pas maître chevalier. J’écrits quelques billets pour gagner ma vie, en attendant que mon manuscrit « la trahison des alchimistes », soit enfin publié et reconnu à sa juste valeur.

 

- C’est quoi ton malheur ? Demande Harken, toujours aussi suspicieux. Pourquoi l’autre tronche de cul te courrait après ?

 

- Si vous le permettez, j’aimerai garder ça pour moi, répond Luca, hésitant.

 

- Et si on le permet pas ? Rétorque mon ami.

 

Luca déglutit, mal à l’aise, et Harken reprend avec cette même ironie mordante qui le caractérise et que j’adore.

 

- Attends laisse-moi deviner, t’as baisé sa femme, c’est ça ?

 

Je suis en train de boire et je manque de m’étrangler. Luca, lui, se décompose littéralement.

 

- Co… Comment vous savez ? Vous connaissez Grimalda ?

 

Putain Harken, t’as mis dans le mille, je le crois pas. Cette fois, en voyant le gamin passer du rouge au blême, je m’étrangle pour de bon. C’est bien la première fois qu’une bière me fait cet effet-là !

 

- Il… Il m’a surpris tout à l’heure au lit avec sa femme, il est entré dans une colère incroyable !

 

- De nos jours, les hommes n’ont plus aucun humour, relève Harken. Tu baises leur femme, tu les soustraits à leur devoir conjugal, et ils ne sont pas contents. Où va le monde, non, mais vraiment !

- Il la brutalise, se défend Luca. C’est une amie d’enfance.

 

- Nous avons secouru une âme pure, poursuit Harken sur le même ton moqueur. Un défenseur de la veuve et l’orphelin !

 

- Un pourvoyeur de petite chatte en manque de tendresse, repris-je en riant.

 

- Oh vous pouvez vous gaussez, réplique Luca, enfin sensible à nos moqueries. Je lui ai donné plusieurs fois des baumes pour atténuer ses douleurs, des onguents pour faire disparaître les bleus de son visage après les rossées que ce porc lui donnait.

 

- Quel âme charitable, rétorque Harken. Et tu t’es retrouvé entre ses cuisses pour lui appliquer un peu d’onguent magique, c’est ça ?

 

- Il est rentré tout à l’heure une heure plus tôt de sa garde, et j’ai dû sauter par la fenêtre, nu comme un ver…

 

Je le coupe en riant.

 

- Ce n’est vraiment pas honnête de sa part. Rentrer plus tôt alors que tu étais en pleine besogne, il aurait pu avoir la diligence de te surprendre après ta petite affaire. Nu comme un ver, tu ne devais pas être à ton avantage…

 

Luca soupire pour mieux encaisser, puis il reprend.

 

- Heureusement, ce porc n’a pas osé sauter par la fenêtre…

 

- C’est vrai qu’il y a des escaliers conçus pour cela, corrige Harken en prenant un air sérieux, décalé et drôle à la fois. Notre face de cul n’est peut être pas aussi stupide qu’il n’y parait finalement.

 

- Il a tourné les talons pour me poursuivre, reprend Luca qui tente de garder le fil de son histoire. Il a en effet redescendu les escaliers et cela a permis à Grimalda de  me jeter mes vêtements par la fenêtre. J’ai à peine eu le temps de me reculotter qu’il rameutait sa troupe !

 

- Bon ça va, conclut Harken. Finalement, t’avais plus de charme quand on ne savait pas pourquoi l’autre tronche te filait le train.

 

- C’est rien de plus qu’un petit jouvenceau excité par des chattes.

 

Luca finit sa bière et repose sa chope en nous adressant un regard narquois. Il se compose un visage soudain des plus sérieux, presque austère. Avec Harken, nous échangeons un regard perplexe.

 

- Vous avez vraiment cru à cette histoire ? Lâche-t-il avec un sourire perfide. Vous me voyez vraiment en train de labourer les flancs de cette pauvre rosse de Grimalda ?

 

Harken s’affaisse sur sa chaise.

 

- Putain, t’es qui toi exactement ? demande-t-il en le fixant avec intensité. Et tu veux quoi au juste ?

 

- A la première question, je répondrai, « vous le saurez bien assez tôt », et à la seconde, j’ai déjà répondu, mais je le répète « je veux travailler pour vous ! Je veux devenir un chroniqueur aussi célèbre que vous ! Faire partie de votre bande ! »

 

C’est à mon tour de m’affaisser sur ma chaise, de soupirer comme lui tout à l’heure. Ce petit m’intrigue. Il a du charme, du bagout, pourquoi pas finalement ?

 

- Ecrire nécessite un certain talent, avançai-je prudemment en guettant la réaction de mon compagnon.

 

Je le vois écarquiller les yeux, surpris que j’ai mordu à l’hameçon de sa proposition.

 

- Je n’en manque pas.

 

- D’aplomb oui, tu n’en manques pas, c’est certain, ripostai-je. Mais de talent, laisse-nous seuls en juger ! Nous aviserons sur pièce lorsque tu nous auras écrit ta première chronique.

 

- Je suis prêt, je ne demande rien en échange sinon le plaisir et l’honneur de travailler en votre compagnie !

 

- Ca tombe bien répond Harken. On ne comptait rien te donner en échange non plus.

 

- Nous te payons la chambre et les repas, sans la boisson, pour éviter les abus, le temps que tu rédiges ta première critique !

 

- Et t’as pas intérêt à mettre un mois pour nous la pondre, précise Harken, qui est en réalité le véritable pourvoyeur de mes (nos) besoins, qu’ils soient alimentaires, vestimentaires ou autres.

 

- Deux jours, réplique notre jeunot, soudain arrogant. Ma première critique sera sur cette table, dans deux jours !

 

Vous avez bien entendu, amis lecteurs… Deux jours… Revenez donc dans deux jours vérifier si ce jeune paon a bien tenu parole ! Vous serez les seuls juges de la qualité de ses écrits… Savoir si on le garde, ou si on le renvoie dans les pattes de l’autre face de pet…

 

 

*Kos est une des cités majeures du Royaume où se déroule l’histoire de mon manuscrit « la trahison des alchimistes » (sortie prévue en novembre), un livre signé Breth Harken. 😉

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E
Merci pour cette suite une bonne nuit bisous
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