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Game of thrones confrontée à l'Histoire... La vraie.

Game of thrones confrontée à l'Histoire... La vraie.

Comment parler de Game of thrones sans retomber dans les poncifs qui trainent un peu partout sur la toile ? En tant que fan de la série et premier lecteur de la saga, je voulais d’abord me lancer dans un comparatif de l’œuvre littéraire immense de George R. R. Martin et son adaptation télévisée. Je le ferais, mais je dois encore laisser mûrir le projet, rassembler tous les éléments (et il y en a). Bref, retour à la case départ, je suis fan et j’ai envie d’écrire sur le sujet, mais sous quel angle ? Parler des acteurs, pas question, déjà fait mille fois, avec plus de détails que je ne pourrais jamais en récolter. Les lieux de tournage ? Même réponse, et qui ignore encore que Dubrovnik est Port-Real dans la série ? Que de nombreuses scènes ont aussi été tournées en Espagne et en Irlande ? Parler des dragons ou des morts-vivants, pour un fan de fantasy, c’est jouable… Mais un peu facile et surtout très réducteur. Ce serait entré dans la série et le monde de George R.R. Martin par le petit bout de la lorgnette. Aborder les mythes et les religions, tentant, mais casse-gueule, trop intello aussi peut-être. La lumière m’est venue, comme souvent, de mon ami Harken, qui m’a simplement demandé pourquoi je ne confronterai pas la série aux matières que j’enseigne… L’histoire et la géo !?... Mais oui, élémentaire mon cher Harken… je tenais mon fil d’Ariane, c’est par ce biais que je devais parler à mon tour de game of thrones… Même si, après avoir fini mon papier et jeté un coup d’œil sur le net, je dois reconnaître que le sujet a déjà été traité. Temps pis, c’est ici le résultat d’un passionné du trône de fer, fer(ru) d’histoire… Mais attention, pas fer-né pour deux sous !

Le roi Martin sur son trône, entouré de ses comédiens, sans leurs constumes (saurez-vous tous les reconnaître ?)

Le roi Martin sur son trône, entouré de ses comédiens, sans leurs constumes (saurez-vous tous les reconnaître ?)

George R. R. Martin, un romancier passionné d’histoire

La source de ce que je m’apprête à vous confier sur les liens entre le royaume des 7 couronnes et l’histoire, la vraie, n’est autre que George R. R. Martin himself. Je pourrais imaginer une farce bien ficelée pour vous dire que je connais le bonhomme, ce serait drôle mais personne ne me croirais. J’y ai renoncé aussitôt par crainte de ne pas être pris au sérieux sur l’exposé qui suit. Il n’empêche que c’est George R. R. Martin en personne qui a avoué s’être totalement inspiré de l’histoire pour construire la trame de son roman. Ma source est « la grande librairie », sur France 5, l’excellente émission de François Busnel, où il y a quelques années, le grand romancier était invité. L’entretien m’avait confirmé que notre auteur connaissait particulièrement bien l’histoire de France, et notamment les problèmes de succession à la mort de Philippe le Bel, lorsque ses trois fils meurent les uns derrière les autres sans successeur, donnant ainsi naissance à la guerre de cent ans entre 1328 et 1453. Mais plus étonnant fut son aveu, et je dirai même l’hommage qu’il rendit à Maurice Druon pour son chef d’œuvre « les rois maudits », que je conseillerai à tous de lire tant c’est épique, inspirant, et teinté de réalité historique (bien que parfois romancé).

Les rois maudits de Maurice Druon... Une saga médiévale passionnante, historiquement solide bien que romancée... Une saga qui inspira Geore R. R. Martin... Jusqu'au titre ???

Les rois maudits de Maurice Druon... Une saga médiévale passionnante, historiquement solide bien que romancée... Une saga qui inspira Geore R. R. Martin... Jusqu'au titre ???

La cruauté de Joffrey, la rivalité entre Stark et Lanister, la folie d’Aerys... Tout était déjà écrit...

L’autre grande source d’inspiration historique de Martin, se trouve dans l’histoire de son propre pays. Il s’agit de la guerre des deux roses qui oppose entre 1450 et 1485 deux branches cadettes de la famille Plantagenêt pour s’emparer de la couronne d’Angleterre. Encore des problèmes de succession donc… Mais là, les parallèles sont fascinants.

Les deux familles qui s’opposent sont les York (dont l’emblème est une rose blanche) et les Lancastre (dont l’emblème est une rose rouge). Ne peut-on y voir déjà dans la consonnance, les deux familles qui vont s’opposer pour le trône de fer : les Stark et les Lannister ?

Et si je vous disais que l’épouse d’Henri VI (clan Lancastre) était sujette à des crises de folie, et que sa légitimité était contestée, ne peut-on y voir une source d’inspiration pour Martin qui a transposé ce trait à Aerys Targaryen, le roi fou, finalement assassiné par Jaime le régicide ? A moins que ce ne soit Charles VI, le roi de France devenu fou après une chute de cheval à la fin du XIVème siècle (en pleine guerre de cent ans) ? Le bon roi devient alors un être aux excès de folie difficilement contrôlable.

Mais revenons à notre guerre des deux roses si vous le voulez bien. Nommé Lord protecteur du Royaume, Richard d'York mène la fronde ET périt sur le champ de bataille en 1460. L'année suivante, son fils aîné bat les Lancastre et monte sur le trône sous le nom d'Edouard IV. Comment ne pas y voir un parallèle avec l’exécution d’Ed Stark puis la victoire de Robb, son fils aîné, sur les champs de bataille ?

Les seigneurs de la Cour finiront par se rallier à Henry Tudor, un lointain héritier des Lancastre. La dynastie des Tudor monte alors sur le trône.

Difficile de ne pas voir dans ces factions en guerre, Westeros à feu et à sang. Henry VI et Marguerite d'Anjou ne préfigurent-ils pas Robert Baratheon et Cersei Lannister ? De même, Joffrey se révèle aussi pervers et cruel que l'unique fils du couple royal, Edouard de Westminster. L’hériter « illégitime » du trône d’Angleterre (1453-1471) est la parfaite doublure de Joffrey. Alors qu’il n’a que13 ans, le petit tyran était connu pour ses penchants obscènes. Son passe-temps: couper les têtes, faire la guerre et surprendre ses amis à coup d’épée.

Et Daenerys dans tout cela? C'est une allégorie de Henry Tudor, futur Henry VII d'Angleterre, élevé comme elle en terre étrangère. Bon d’accord, Martin n’est peut-être pas allé aussi loin dans notre analyse historique, je vous l’accorde. Mais la suite est irréfutable…

La dernière scène de Jack Gleeson (Joffrey)

La dernière scène de Jack Gleeson (Joffrey)

Joffrey empoisonné (saison 4, épisode 2): le trépas mystérieux du prince Eustache

Pour cette scène ô combien réjouissante, George R.R. Martin puise dans une autre guerre civile anglaise (« Anarchie ») qui a servi de trame de fond à l’excellente saga de Ken Follet « les piliers de la terre » ! Il y est question d’une nouvelle querelle entre puissants. Il s’agit cette fois du roi Etienne d'Angleterre et de l'impératrice Mathilde qui se disputent la couronne pendant dix-neuf ans. Affaiblis par cette lutte, les deux camps entament des négociations en 1153, ce qui n'est pas du gout d'Eustache, le fils d'Etienne qui se replie au monastère de Saint-Edmond pour y recueillir des fonds et poursuivre le combat. Les moines lui font un accueil fastueux mais refusent de lui prêter ne serait-ce qu’une livre. Eustache ordonne alors à ses hommes de piller le lieu saint. Tout cela est fort bien relaté et romancé dans l’ouvrage passionnant de Ken Follet. Mais j’en arrive à mon parallèle avec l’empoisonnement de Joffrey. De retour en son château, Eustache se met à table, et après sa première bouchée, s'effondre et s'étouffe, comme Joffrey dans la série pendant son repas de mariage. Empoisonnement, vengeance de dieu, ou accident? Son décès propice règle la querelle de succession: Henry Plantagenêt, le fils de Mathilde, succèdera à Etienne.

Une gravure qui montre l'usage du feu grégeois par les Byzantins en 737.

Une gravure qui montre l'usage du feu grégeois par les Byzantins en 737.

La bataille de la Nera (saison 2, épisode 9)

La référence au siège de Constantinople apparaît à tout historien comme une évidence. Rappelons le plan mis en place par Tyrion Lannister pour briser le siège de Port-Réal engagé par la flotte de Stannis Baratheon : fabriquer en masse du feu grégeois, qui brûle même si on lui verse de l'eau, et édifier une immense chaîne flottante pour barrer l'estuaire. Ces deux tactiques défensives ont été utilisées avec succès par l'empire byzantin pour repousser en 718 les forces arabes qui veulent s’emparer de Constantinople, alors capitale de l’empire Byzantin. Martin, en homme lettré et cultivé qu’il était, ne pouvait pas ignorer ces faits historiques.

Les noces pourpres s'inspirent du dîner noir où l'on servit une tête de taureau en guise de dessert pour signifier la mise à mort de deux invités embarrassants. Si j'avais su... J'aurais pas venu...

Les noces pourpres s'inspirent du dîner noir où l'on servit une tête de taureau en guise de dessert pour signifier la mise à mort de deux invités embarrassants. Si j'avais su... J'aurais pas venu...

Les Noces pourpres (saison 3, épisode 9): l'Ecosse tourmentée du 15e et 17e siècles

Dois-je rappeler les détails de cette scène d’anthologie où les personnages centraux se font massacrer lors d'un banquet de mariage ? C’est encore plus glaçant dans le livre que dans la série. George R.R. Martin s’inspire de deux grandes tueries : le «diner noir» et le «massacre de Glencoe», qui virent là aussi toutes les règles de l'hospitalité bafouées.

 

«Le dîner noir» survient en 1440. Plusieurs familles se disputent la régence du jeune Jacques II d’Ecosse, âgé de 10 ans. Estimant que les «Douglas noirs» prennent trop d'influence, William Crichton invite le duc et son jeune frère à festoyer au château d'Edinbourg. En pleines réjouissances, on apporte la tête d'un taureau noir, symbolisant la fin des Douglas. Après un simulacre de procès, les deux jeunes hommes sont décapités.

251 ans plus tard, Guillaume d'Orange, qui mate la rébellion écossaise, envoie 120 de ses hommes demander l'asile au clan MacDonald de Glencoe, qui vient tardivement de lui faire allégeance. Les soldats profitent du gite et du couvert deux semaines durant, avant de recevoir l'ordre d'abattre tout individu de moins de 70 ans. Ils attendront que leurs victimes, avec qui ils jouaient aux cartes, soient endormies, pour les exterminer… Charmant…

Interrogé sur ce sujet par l'Entertainment Weekly, George R.R. Martin a répondu «  Qu’importe les boucheries que je peux inventer, il y a toujours dans l’Histoire de la matière aussi horrible, voire pire. » Pas faux hélas…

Game of thrones confrontée à l'Histoire... La vraie.

La marche de la honte de Ceirsei (saison 5, épisode 10): l'humiliation de Jane Shore

Encore une scène d’anthologie que tous les amateurs ont en mémoire. Cercei vient d’être reconnue coupable d'adultère, et est obligée pour expier sa faute de parcourir nue les rues de Port-Réal, sous les yeux d’une foule hostile… Nous parlons tout de même de l’ancienne reine, dois-je le rappeler ? La pratique que décrit George R.R. Martin était courante dans la France du treizième et quatorzième siècles pour punir les femmes infidèles. Le supplice de Cersei correspond en partie à celui vécu par Elizabeth « Jane » Shore.

Cette maîtresse d'Edouard IV est condamnée par Richard III, le frère d'Edouard, à déambuler sur l'esplanade Saint-Paul à Londres, en sous-vêtements et pieds nus. Le nouveau roi ne lui reproche pas uniquement sa promiscuité avec le souverain décédé et plusieurs hommes en vue de la Cour. Jane Shore est soupçonnée d'avoir aidé des opposants politiques. Après cette marche, la jeune femme sera brièvement envoyée en prison. L’histoire ne dit pas si elle a reçu la visite de petits ou grands moineaux… lol

Gengis Khan, empereur Mongol et Khal Drogo, le chef des Dothraki.

Gengis Khan, empereur Mongol et Khal Drogo, le chef des Dothraki.

Khal Drogo… Genghis Khan même combat… Mêmes méthodes

Pour ce dernier parallèle avec l’histoire, quittons Westeros, passons le détroit et intéressons-nous à Khal Drogo, le chef des Dothraki. Les similitudes sont nombreuses avec Gengis Khan, et pas seulement les vastes steppes herbeuses sur lequel le Fondateur de l'Empire Mongol règne au XIIème siècle. Gengis Khan était un guerrier réputé pour son intelligence et son extrême dureté, et à la tête de sa tribu nomade, il part à la conquête de l'Est, tout en terrifiant les peuples de l'Ouest. Côté châtiment, si Khal Drogo verse de l'or fondu sur les crânes de ses captifs, Gengis Khan, lui, choisissait de verser de l'argent fondu dans les yeux et les oreilles des siens. 

Voilà, j’arrive au terme de mon petit exposé, j’espère ne pas avoir été trop rébarbatif ou professoral. Je crois avoir fait la démonstration que Martin était lui aussi féru d’histoire, et que la bonne connaissance du passé lui a permis de bâtir un récit merveilleux, la plus grande épopée de fantasy depuis le seigneur des anneaux à mon sens.

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