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La bibliothèque de Kos

Illustration de Marc Simonetti

Illustration de Marc Simonetti

La bibliothèque de Kos est un immense bâtiment qui enjambe le fleuve, comme suspendu magiquement au-dessus des flots tumultueux de l’Avranis. Attirés par la splendeur et la majesté de son architecture, de nombreux curieux visitent chaque jour le monument qui est considéré comme une perle du Royaume, au même titre que le pont des soupirs de Phax Moonreth, le gouffre de Brahon ou bien évidemment, le palais de l’Empereur-dieu. Je me mêle à la foule disparate et bruyante des visiteurs qui s’extasient sur le carrelage de coronite. Les dalles magiques laissent entrevoir sous nos pieds les rapides de la rivière avant de se jeter dans le vide d’une première cascade. La ville, qui s’est développée sur les rives de l’Avranis, s’étend à perte de vue depuis les hautes verrières qui cernent le bâtiment. La luminosité y est extrême afin de faciliter la lecture des milliers d’ouvrages qui sont entreposés dans les rayons de la grande colonne centrale. Le pilier de la connaissance, c’est ainsi que les érudits de la bibliothèque ont surnommé ce tronc majestueux, de plus de cinquante pieds de diamètre, dans lequel, les premiers mages ont creusé et aménagé des centaines de rayonnages. Depuis cette colonne de bois et de connaissances, des dizaines de tables en chêne, vernis et rutilantes s’élancent tels des rayons vers les grandes verrières. Les places sont chères et toutes occupées, essentiellement par les badauds. Mais peu m’importe, ce que je cherche, je ne le trouverai pas à ce niveau. Je suis un habitué des lieux, plusieurs fois, je suis venu chercher l’inspiration dans les œuvres d’illustres prédécesseurs. Je sais que le rayonnage « malédiction », « succube » et « envoûtement » se situe au dernier niveau de la bibliothèque, celui qui est le plus éloigné des touristes. Il est des ouvrages à ne pas mettre entre toutes les mains. Ce n’est pas la lecture de fabliaux et de contes qui me permettront de lever la malédiction de Kora Sahn.

Je fais la queue devant la porte de la connaissance, une petite porte discrète, presque dérobée, creusée au sein du grand pilier central.

 

- Quel niveau ? Me demande le gnome érudit, maître bibliothécaire du premier niveau et gardien de la porte.

 

Il me dévisage d’un œil torve en se grattant le menton. Il est presque aussi proéminent que son nez, semblable à un navet tordu. Sa peau toute fripée ne renseigne en rien son âge, tous les gnomes, je le sais ont la peau fripé. En revanche, la taille de ses oreilles, oui… Et elles sont énormes, en feuille de choux, comme il se doit. Il est vieux, c’est certain, mais quel âge ? Cinquante, cent ans ? La longévité des gnomes est un secret bien gardé.

 

- Le dernier, répondis-je stoïquement.

 

- Ce niveau, c’est pas pour les ourdis ! me rétorque le gnome.

 

Ourdi est le diminutif d’étourdi, les gnomes sont paresseux en tout, y compris pour prononcer des mots de plus de deux syllabes. Et étourdi est le terme qui désigne les badauds.

 

- Je suis pas un ourdi comme vous dîtes, je suis barde de mon état, une petite célébrité dans Kos. Vous avez peut-être entendu parler de moi, je m’appelle Breth… Breth Harken.

 

Mon gardien, du haut de son mètre quarante, me lance un regard hébété.

 

- Jamais entendu ce nom-là !

 

Ca m’étonne pas mon vieux, poésie et littérature ne doivent pas être ton fort. Je n’ai jamais compris pourquoi l’on confiait les trésors de la connaissance à la plus inculte des races civilisées.

 

- Et les œuvres des troubadours et ménestrels se trouvent au niveau deux. Pas au dernier.

 

- Mais c’est quand même au dernier niveau que je veux me rendre, insistai-je.

 

Derrière moi, la file commence à s’allonger et je sens la pression des visiteurs se faire plus insistante dans mon dos.

 

- Les ouvrages peuvent être dangereux, vous ne pourrez les consulter qu’avec l’autorisation et la protection d’un mage. Vous en connaissez ?

 

Merde, j’avais oublié ce protocole. Je tente d’y aller à l’esbrouffe… L’esbrouffe, ça me connait.

 

- Evidemment que j’en connais… Sinon je demanderais pas à y aller !

 

Mais mon gnome ne se démonte pas.

 

- Lequel ?

 

Je cherche un nom et lâche le premier qui me vient à l’esprit.

 

- Mylésius Phorlin.

 

C’est le nom du magicien qui est le héros de mon manuscrit « la trahison des alchimistes ». Il n’existe que dans mon esprit bouillonnant et tourmenté.

 

- Connais pas.

 

Le contraire m’aurait étonné.

 

- Pourtant il m’attend en haut, il doit commencer à s’impatienter.

 

- Ouais ben y’a pas que lui, me lance une voix mauvaise derrière moi.

 

- Je peux pas vous laisser accéder au dernier niveau sans être accompagné d’un mage, c’est le règlement.

 

La bibliothèque de Kos

Je soupire et cherche une solution quand une main se pose sur mon épaule. Alors que je m’attends à voir un touriste me demander aimablement de vider les lieux, c’est un homme tout en rondeur, à l’air aimable et souriant qui intercède en ma faveur. Il est vêtu d’une robe dorée, parcourue de glyphes écarlates. Il est dépourvu de toute pilosité, ni cheveux ni barbe, et ses lèvres sont fines, délicatement soulignées au rouge très à la mode chez les nobles de Kos. Il porte des lunettes à double foyer qui lui donnent un air d’érudit sympathique.

 

- C’est mon ami, dit-il en s’adressant au gnome. Je me porte garant pour lui.

 

Le gnome effectue aussitôt une courbette respectueuse devant le nouveau venu et répond d’une voix mielleuse.

 

- Maître Reed… J’ignorais qu’il était avec vous, je suis désolé du désagrément.

 

Il s’efface alors enfin devant moi et m’invite à pénétrer à l’intérieur du tronc, vers l’élévateur qui mène aux niveaux supérieurs de la bibliothèque.

Une fois à l’intérieur du pilier de la connaissance, le mage, car c’en est un, me rejoint et se présente.

 

- Je m’appelle Bazhell Reed, dit-il en me tendant la main. Je peux peut-être vous aider.

 

Oui, tu viens déjà de le faire en me permettant d’accéder au niveau supérieur. Mais évidemment que son apparition est une aubaine, bien sûr qu’il va m’aider.

 

- Je m’appelle Breth Harken, et je cherche un ouvrage qui pourrait guérir d’une malédiction lancée par une succube.

 

J’en reviens pas de lui avoir tout balancé d’un coup, sans le connaître. Je ne suis pas du genre à me fier au premier venu, cela ne me ressemble pas. Devant la surprise que j’affiche aussitôt lui avoir tout déballé, il m’adresse un petit sourire et précise.

 

- Ne vous inquiétez pas, vous pouvez avoir confiance en moi. Je suis un mage qui a développé un sort d’empathie perpétuelle. Les personnes que je croise ne peuvent s’empêcher de me confier tous leurs secrets, j’inspire la confiance, c’est mon pouvoir si vous préférez. Vous n’êtes pas le premier à y succomber, mais le trois mille six cent vingt huitième.

 

- Ah.

 

Que dire d’autre ? L’élévateur s’élève et accède aux étages supérieurs, les étages de la connaissance… Du moins, c’est ce que je crois encore à cet instant.

 

PS : Bazhell Reed existe vraiment et je vous le présenterai très prochainement, c’est un auteur qui gagne à être connu.

La bibliothèque de Kos
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E
Superbe partage bonne soirée à toi bisous
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B
merci Evy. Bisous à toi ;-)