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Les mystères de Kioshe, le cœur de Talris

Les mystères de Kioshe, le cœur de Talris

Les mystères de Kioshe, le cœur de Talris, est le premier volet d’une série d’aventures et d’enquêtes qui se déroulent dans un monde de fantasy, empreint de magie, dans une cité mystérieuse, sombre, parfaitement structurée et surtout décrite, par son auteur… Benjamin Lupu. Un livre auto-édité par ses soins, qui mérite une vraie reconnaissance. Le point fort de l’œuvre, c’est l’ambiance parfaitement restituée de cette cité, et donc, le style de son auteur. C’est bien écrit, et suffisamment rare pour ne pas le signaler. Mais comme vous n’êtes pas censé me croire sur parole (encore que si vous me suivez depuis un moment, vous savez que je n’ai pas la langue dans ma poche, que je suis libre, incorruptible et indépendant… Que mes critiques n’ont pas toujours caressé les auteurs dans le sens du poil, ça fait du bien de s’autocongratuler… lol)… Donc, je vous propose d’en lire quelques extraits pour corroborer mes propos. Je ne dévoilerai rien de la trame, rassurez-vous, ce ne sont que quelques passages intéressants pour leur qualité littéraire :

1. Le bain de Boraphis

« — Bonsoir, maître. Selon vos instructions, votre bain est prêt. Épuisé, soufflant comme un bœuf, Boraphis agita une main boudinée et son intendant le précéda dans le ventre brillant du palais dont les portes se refermèrent avec un bruit sourd. Dans les couloirs de sa demeure, Boraphis croisait d’innombrables serviteurs. Chacun d’entre eux s’immobilisait à sa vue et courbait la tête en attendant qu’il passe. Boraphis vivait seul au milieu de ce peuple soumis. Nul autre n’était admis chez lui. Ichaz et lui gagnèrent directement les bains du palais. La pièce était ronde, surmontée d’un dôme et décorée de mosaïques colorées. Un grand bassin occupait le centre avec des gradins pour s’immerger. »

Ce premier chapitre ressemble à une entrée en matière de série, vous savez ces séries où l’on voit le crime se dérouler sous ses yeux, avant l’arrivée des enquêteurs. Je ne dévoile rien aux futurs lecteurs, ce sont les toutes premières pages, et ce gros Boraphis meurt avant le passage au second chapitre. D’ailleurs, le second extrait que je vous ai sélectionné montre la découverte du corps par ceux qui vont devoir mener l’enquête. Et cette entrée en matière me plaît… On ne tourne pas autour du pot, et c’est ce qui rend ce style efficace.

Une représentation très personnelle de Boraphis...

Une représentation très personnelle de Boraphis...

Une très belle peinture de harem de Jean Léon Gérome

Une très belle peinture de harem de Jean Léon Gérome

2. Repêcher le corps 

« À leur entrée, le silence se fit. Effectivement, le conseil de Kioshe, l’assemblée qui dirige la ville, était là au complet, y compris Boraphis qui flottait encore dans son bain, le ventre hors de l’eau, la tête en arrière et les yeux révulsés. Toutes les couleurs et toutes les parures de Kioshe étaient rassemblées autour du bassin, jusqu’au noir des prêtres de Talris et même un Masque djurdi avec son interprète. L’atmosphère était électrique, les visages fermés et anxieux. »

On se représente parfaitement la scène, et c’est comme la découverte de la scène de crime de ces séries policières que j’évoquais. Sous ma plume, cela n’a rien de péjoratif d’être comparé à ces séries, car le qualificatif qui les résume le mieux, si on les aime bien sûr, c’est leur efficacité… Et Benjamin Lupu est efficace… Efficace dans ses descriptions, efficace dans la façon de mener sa trame (car c’est bien d’une enquête qu’il s’agit, et c’est plutôt original dans l’univers de la fantasy). Efficace aussi dans les descriptions de ses personnages. J’en veux pour preuve ce troisième extrait, où Benjamin Lupu nous livre sa description de Tirsea, la magicienne qui va devoir enquêter sur le meurtre de Boraphis.

3. Description de Tirsea :

« Tirséa devait avoir la quarantaine. Deux nattes argentées dépassaient du capuchon de sa cape. Ses habits indiquaient clairement son statut de mage, mais aussi qu’elle vivait chichement. Son visage était marqué de fines rides qui semblaient toutes conduire à de grands yeux aux pupilles voilées par la mortevue. Télistèdre lui avait expliqué qui elle était et pourquoi il pensait devoir faire appel à elle. Elle aussi avait été Première apprentie. La Maison des curiosités bruissait encore de sa légende et de sa déchéance. Ivriane s’aperçut soudain que la créature perchée sur l’épaule gauche de Tirséa la fixait de ses immenses yeux verts. »

Tirséa et son fameux mousseux...

Tirséa et son fameux mousseux...

4. Les sons des bas-fonds :

Un dernier extrait qui achèvera de vous convaincre de la qualité littéraire de notre auteur, celui où nos héros visitent les bas-fonds de Kioshe pour les besoins de leur enquête… Ambiance, ambiance…

« Guidées par Ziûrn, les magiciennes s’enfoncèrent dans les entrailles du Fond, loin des artères animées des bas-quartiers. Ils progressaient dans le silence nocturne de ruelles sombres, parfois troublé par un cri, des trottinements ou la chute d’un objet non identifié. Ivriane crut même entendre une voix qui soliloquait près d’un tas de détritus. Ziûrn se retournait régulièrement pour les presser, mais Tirséa avait du mal. Ivriane était inquiète. Elle ne saurait pas retrouver son chemin dans ce labyrinthe. »

J’aime ce passage car il restitue une ambiance à partir non pas de la description d’un paysage ou d’un environnement (très courant, classique), mais de bruits entendus ou supposés. Cela instaure un climat anxiogène très efficace et nous plonge encore plus efficacement dans l’état d’esprit des personnages. C’est très réussi, tout en étant bref, sans se perdre dans des détails inutiles…

Je vous conseille donc, vous l’aurez compris, la lecture des mystères de Kioshe, pour son univers énigmatique, insolite, ésotérique, qui vous ai dévoilé intelligemment, au gré de l’enquête menée par Tirsea, Ivriane et Ziûrne, le gobelin (car il n’est pas de bon roman fantasy sans quelques créatures exotiques). Alors ne perdez plus un seul instant, découvrez donc ce jeune auteur qui gagne à être connu !

Les mystères de Kioshe, le cœur de Talris
Une vision très personnelle de Kioshe, illustrée par Larry Elmore...

Une vision très personnelle de Kioshe, illustrée par Larry Elmore...

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