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Léa Northmann : les chevaux des dieux

Léa Northmann : les chevaux des dieux

Léa Northmann nous livre avec cette saga ( 3 tomes parus pour l’instant) un roman très personnel empreint de sensualité, et de romantisme. Elle nous plonge dans un univers très personnel où se mêle habilement les paysages féériques, les rencontres, et bien sûr les scènes plus intimes… Si vous voyez ce que je veux dire. Non, vous ne voyez pas ? Dois-je vous faire un dessin ? Allons, allons ? Eléa est une jeune femme empreinte de naïveté qui découvre le monde, et le plaisir des sens. Elle s’émerveille en même temps que son lecteur des paysages qu’elle traverse, elle est dotée d’une innocence qui nous réconcilie avec les héros et héroïnes simples, sans arrières pensées. C’est assez loin de mon univers, souvent peuplé de personnages compliqués et ambivalents, mais elle n’est pas niaise pour autant, elle est tout simplement attachante, et ça fait du bien. Elle est pourvue d’un appétit sexuel qui ne fait pas d’elle une nymphomane assoiffée de sexe, elle a juste une libido qui est exacerbé par la présence de son prince charmant à ses côtés. L’amour, comme stimulant sexuel, c’est beau, c’est vrai, c’est simple, et c’est au final plaisant de se laisser embarquer dans leur passion, de suivre leurs étreintes dans les bains publics, les temples, les cabines de navire. Exotique et érotique à la fois. Des sentiments qui se trouvent résumer par ce court dialogue :

 

« –C’est un grand trésor que la Déesse t-a envoyé là mon frère, commença Palhan d’une voix douce.

Je ne pourrais plus imaginer vivre sans elle… murmura le Prince.

L’amour est un don magnifique, surtout quand il est réciproque. Mais il peut aussi devenir un gouffre de douleur s’il n’est pas maîtrisé. Dois-je te rappeler la harpie hystérique qu’était devenue une certaine jouvencelle, et dont j’ai dû venir te sauver ?  Sous la plaisanterie, la voix était ferme et sérieuse. Et j’ai même dû rappeler à la Grande Prêtresse en personne que l’Amour n’est jamais une prison mais toujours un don vers l’Autre, pour qu’elle te laisse partir. Il faut dire qu’elle semblait elle aussi fortement apprécier tes dispositions naturelles… acheva-t-il d’un ton plus léger. »

 

Léa Northmann a la plume facile, une richesse et une précision dans de vocabulaire qui nous donne des scènes incroyablement fluides, sensuelles et bien décrites. Car on sent que notre auteure (désolé j’ai encore du mal avec autrice, mais j’ai mis un e 😉 ) a vraiment le goût des descriptions. Je pense même que son goût de l’écriture est né de ce plaisir de décrire. Les paysages visités n’en sont que plus magnifiques, que ce soit des jardins d’un temple, des cascades, les rives d’un fleuve, les dédales d’une cité, et ce plaisir à détailler la nature, on le retrouve dans les personnages, leurs expressions, leurs atours aussi. Mais ce n’est guère étonnant, elle nous a elle-même avoué s’être inspirée de lieux visités lors de ses nombreux voyages. Léa est une grande voyageuse, et elle aura ramené dans ses malles, les poussières de déserts, les lichens des grandes steppes, et un peu de ces eaux tumultueuses issues de quelque majestueuse cascade. Il en est de même des personnages, qui sont, nous a-t-elle appris, des personnes issues de son entourage.

 

Un exemple pris au hasard qui montre bien  la clarté du propos, et révèle tout le plaisir que prend notre auteure à décrire ses personnages :

 

« Le Duc proposa son poing à Eléa pour les accompagner jusqu’à la table d’honneur. Il ressemblait beaucoup à Palhan, même si sa silhouette s’était un peu empâtée avec les ans. Il portait une tunique en brocart clair rehaussée de broderies pourpres et de rubis.

À l’arrière de la table, un étendard brodé d’un Soleil Blanc et un autre d’une Demi-Lune d’Argent avaient été dressés contre le mur central, à côté de ceux portant les Guépards Blancs mouchetés. Le Duc fit assoir Calh à sa droite et Eléa à sa gauche. La Duchesse prit place à côté du Prince, tandis que son fils s’installait à côté du Maistre Ecuyer, un sourire charmeur aux lèvres. Palhan portait une tunique pourpre dont le col et les manchons étaient brodés de fines arabesques de couleur bronze. Un large ceinturon marquait sa taille. Enfin une longue cape grenat doublée de satin de la même teinte que les broderies était retenue par une fine chaîne sur son plastron. »

 

La question que me pose malgré tout Harken, éternel esprit chagrin et empêcheur de tourner en rond, est « est-ce que cela fait avancer le schmilblick ? »… En gros, à quoi sert cette surcharge de détails dans la description ? J’ai envie de lui répondre que l’on n’a jamais demandé à Maupassant ou Balzac de se justifier sur leur style narratif, ni même Tolkien qui n’était pas avare de détails non plus dans ses descriptions… Mais bon, ce serait lui tendre une perche, il me répondrait tout de go, que Léa Northmann n’est pas Balzac ou Maupassant, encore moins Tolkien. Alors je préfère lui répondre que ces descriptions font partie d’un tout qui contribue à la cohérence du roman, et à la paisibilité qui se dégage de chaque page. Maintenant, puisque je parle de paisibilité, je ne vous cache pas qu’il m’a peut-être manqué un peu d’action.

Voyage, voyage… De croisière en chevauchée, elle rencontre princes et aventuriers, fréquente les bains, les hamams, les temples, participe à des banquets, et des ballets, mais point d’escarmouches hélas ou de créatures fantastiques… Nous sommes dans un genre différent, de la fantasy descriptive, où la seule véritable action se situe dans les secrets d’alcôves, et les seules créatures exotiques sont des faucons gerfauts, des guépards, des dromadaires et bien sûr de magnifiques purs-sangs !

 

Léa Northmann : les chevaux des dieux

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un des nombreux extraits qui ponctue les expériences érotiques de notre jeune héroïne. Il s’agit d’une scène où la jeune femme s’abandonne aux mains expertes (et pas que les mains) de deux amants, son prince bien sûr, mais aussi d’un certain maistre écuyer.

 

« Son regard s’agrippa à celui de l’homme couché face à elle. Lentement des mains chaudes défirent le laçage de sa robe qui tomba à ses pieds. Son corps nu frissonna malgré la douceur de la nuit. La barbe douce et soyeuse effleura ses épaules. Elle sentit un souffle chaud sur sa peau mais Palhan n’y déposa pas ses lèvres. Devant elle, Calh lui tendit une main les yeux flamboyants. Le jeune Duc la fit enjamber la robe tombée au sol, et elle avança jusqu’à la banquette matelassée. Des mains douces et viriles à la fois parcoururent son corps. Elle s’agenouilla à côté de Calh qui se redressa vers elle et l’embrassa voluptueusement en prenant son visage entre ses mains. Palhan posa enfin sa bouche sur la nuque et les épaules de la jeune femme qui gémit.

Cela n’avait rien à voir avec son expérience avec la solo des Eaux Ardentes, ni même avec la Cérémonie des Sens où les corps s’étaient caressés au hasard des contacts. Il s’agissait ici de deux adeptes de Maïa, virils, sensuels, instruits dans l’Art des Plaisirs. Leurs caresses alliaient douceur et fermeté, ouvrant les chemins secrets de la Déesse Mère… Ils la firent s’allonger entre eux. Elle sentit leurs bouches et leurs mains la parcourir avec passion. Elle caressa leurs dos musclés, leurs torses galbés, leurs ventres fermes. Elle sentit leurs muscles rouler sous ses doigts. Elle s’enivra de l’odeur et de la chaleur de leurs corps. La barbe douce frôla sa toison. Calh s’agenouilla à côté d’elle et prit un téton en bouche tandis que d’une main il lui redressait une cuisse vers le haut, offrant le sexe de la jeune femme à son ami. 

(…)

Sous leurs bouches expertes et leurs mains impitoyables elle n’était plus que jouissance. Ils la menaient au bord du gouffre en maitrisant la force de ses orgasmes. Son ventre se contractait, sa tête lui tournait, son cœur s’emballait. Calh la bascula vers l’avant et redressa sa taille vers lui. Elle prit Palhan en bouche alors que le Prince s’enfonçait en elle. Une main se posa sur son clitoris et imposa un rythme affolant. Et de nouveau ils se retirèrent et l’entraînèrent toujours plus loin dans un abîme de luxure où leurs souffles et leurs sueurs se mêlèrent, et où ils ne firent plus qu’un sous les étoiles… »

 

Il faut néanmoins comprendre la philosophie qui est développée au-delà des scènes de sexe. Les relations sensuelles qu’entretiennent Calh et Eléa ne sont qu’un composant de l’amour qui lie nos deux héros. D’ailleurs, paradoxalement, dans la seconde partie, lorsque les scènes « osées » se font plus rares, leur amour semble plus profond. Il faut dire que leur voyage va prendre un tour plus aventureux et dramatique, mais je vous laisserai le soin de le découvrir.

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