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Les Dames du Lac de de Marion Zimmer Bradley

Les Dames du Lac de de Marion Zimmer Bradley

Damné ! Oui ça pète bien, mais ce n’est pas très réglo ! On avait dit de la fantasy et notre barde préféré se lance dans le dithyrambe d’un roman moyenâgeux qui transpire le souffre. Je l’entends déjà répliquer : « Si on se fixe des règles, c’est pour mieux les transgresser ».

J’ai toujours su que tu étais un révolté dans l’âme, peut-être même un révolutionnaire…Je comprends mieux pourquoi tu baguenaudes dans les rues de notre belle cité ces derniers temps en tunique jaune.

 

Je vais lui dire, quand je le croiserai, qu’il y a un problème de ligne éditoriale. Bon, je m’égare ou plutôt, mon petit Breth, tu m’égares avec tes envies de nouveau. Tu vas m’entendre !

Eh bien moi, je vais te proposer du « classique »…c’est mon côté conservateur : toi le révolté, moi le réactionnaire.

 

En classique, je te soumets un sommet de la fantasy épique : « Les Dames du Lac », roman de Marion Zimmer Bradley, publié en France initialement en deux tomes sous les titres de « Les Dames du Lac » pour le premier tome et « Les Brumes d’Avalon » pour le suivant, aujourd’hui publié en intégrale (intégrale des deux tomes auxquels s’ajoute une suite que je n’évoque pas ici).

 

Marion Zimmer Bradley est née en 1930 décédée en 1999, auteure prolixe de près de 80 ouvrages, et de nombreuses nouvelles ; elle a édité son propre magasine « The Marion Zimmer Bradley Fantasy magazine ». Elle est particulièrement réputée pour son oeuvre intitulée « Ténébreuses » en français (« Darkover » en VO) qui comprend plusieurs cycles d’une vingtaine de romans de science-fiction, commencée en 1958. Au-delà de cette grande fresque SF, l’auteure a également écrit des œuvres épiques sur la légende troyenne, la légende de l’atlantide et enfin, celle qui nous intéresse ici : la légende arthurienne.

 

Marion Zimmer Bradley nous plonge dans la (Grande-)Bretagne médiévale où l’on y côtoie Arthur, Lancelot, Gauvain, mais aussi Merlin et Uther Pendragon, et surtout les personnages féminins qui sont les véritables héroïnes de cette œuvre : Morgane, Guenièvre, Viviane, Morgause et Ygerne. Il s’agit ainsi de la légende arthurienne racontée du point de vue des femmes.

 

L’ouvrage commence avant même la naissance d’Arthur, alors qu’Ygerne, sa mère, mariée à Gorlois, va se retrouver presque malgré elle, mariée à Uther Pendragon, afin de donner naissance à Arthur, conformément à la prophétie. Puis l’on va suivre l’accession au pouvoir d’Arthur, les origines de la table ronde, les amours secrets de Lancelot et Guenièvre,… et ce, à travers les yeux de Morgane, la fée…sur fond de guerre contre les saxons.

 

On ne lit pas Les Dames du Lac pour l’action, les combats épiques, l’héroïsme au masculin, mais plutôt pour sa dramaturgie, sa psychologie et puis cette atmosphère féérique et druidique, empreinte de brumes mystiques. La religion est très prégnante puisque l’ouvrage se trouve à la croisée des chemins entre la montée du christianisme et l’oubli inexorable des anciennes croyances gaëliques qui tentent de perdurer : symboliquement Avalon disparaît dans les Brumes au fur et à mesure que le christianisme gagne du terrain ; Arthur qui aura à faire l’union des peuples celtes, devra rester fidèles aux anciennes traditions tout en épousant la religion montante.

 

Je ne reviendrai pas sur l’histoire d’Arthur que l’on connaît à travers une bibliographie et une filmographie impressionnante. Je reproduis simplement le 4ème de couv :

 

« La légende du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde n'avait, depuis longtemps, inspiré un roman d'une telle envergure, d'un pareil souffle. Merlin l'Enchanteur, Arthur et son invincible épée, Lancelot du Lac et ses vaillants compagnons, tous sont présents mais ce sont ici les femmes qui tiennent les premiers rôles : Viviane, la Dame du Lac, Ygerne, duchesse de Cornouailles et mère d'Arthur, son épouse Guenièvre, Morgane la fée, sœur et amante du grand roi... Cette épopée envoûtante relate la lutte sans merci de deux mondes inconciliables, celui des druides et des anciennes croyances défendant désespérément un paradis perdu et celui de la nouvelle religion chrétienne supplantant peu à peu rites et mystères enracinés au cœur de la Grande-Bretagne avant qu'elle ne devienne l'Angleterre. »

 

Cette version de la légende arthurienne est magnifiquement contée, l’écriture est fluide, presque envoûtante. L’atmosphère qui y règne est emplie de brume, de magie et de mysticisme. On y découvre un Arthur très humain, pas si naïf que ça à l’endroit de son épouse Guenièvre… On y retrouve des lieux que l’on croit connaître : Avalon, Camelot, Tintagel, la Cornouaille,…

 

C’est un très bon moment de lecture…très féerique…

 

J’étais perdu dans mes pensées à me remémorer certains passages du livres et me voilà de retour à la réalité dans les rues de notre belle cité. Je vois mon cher Breth au coin de ruelle en train de conter à qui veut l’entendre ses fables, contes et légendes en tout genre… Et c’est vrai qu’il sait bien raconter. Il n’est pas ménestrel pour rien. Il sait envoûter son public. Je vois le groupe de passants arrêtés devant lui qui déjà enfle, telle la grenouille dans une autre fable…Mais, ici, la grenouille, je veux dire le public, n’explose pas mais est comme saisi.

Je m’approche pour lui faire mon petit laïus sur son « Damné » mais avant d’ouvrir la bouche j’ai tort de tendre l’oreille.

A mon tour, alors que je le fréquente de longue date, je suis envoûté, et les reproches que j’avais prévus de lui faire sur « Damné » sont tous envolés…éparpillés, comme les morceaux de la grenouille de la fable qui explose.

Tu es vraiment très fort mon cher Breth, et c’est pour ça notamment que je ne peux me passer de toi…

 

PS : Juste un truc en aparté : Marion Zimmer Bradley a été récompensée à titre posthume en 2000, conjointement avec Michaël Moorcock, comme Grand Maître du World Fantasy Award, la consacrant comme la plus grande écrivaine du genre. S’il s’agit d’une grande dame de la littérature de fantasy, il n’en demeure pas moins que j’ai été choqué d’apprendre qu’en 2014 sa fille et son fils l’ont accusé, elle et son mari Walter Breen de pédophilie et de violence…Son mari a fini ses jours en prison. Ses enfants ont pu dire qu’elle était « bien pire » que Walter Breen… J’ai même lu qu’alors vivante, elle n’avait pas nié les faits reprochés à son mari et avait même expliqué que c’était des pratiques normales… Si cela ternit l’auteure, son œuvre n’en demeure pas moins grandiose. Ça me fait penser (c’est l’esprit d’escalier comme on dit) et je me permets une digression (ça ne te gêne pas toi, mon cher Barde) : quoiqu’on pense des idées de Louis-Ferdinand Céline (il n’y a pas longtemps, c’était la grande mode chez les bien-pensant de cracher sur sa mémoire), son « Voyage au bout de la nuit » est à mon sens l’une des plus belles œuvres de la littérature française…

 

Rédigé par Harken

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