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La véritable histoire du Père Noël

La véritable histoire du Père Noël

- Dis papy raconte-nous une histoire ! Une histoire de Noël ! Raconte ste plaît !

Gordor Khan toise ses deux petits enfants d’un air las. Chaz et Keithy, les deux jumeaux de son avorton de fils cadet. Elevés dans du coton, songe-t-il avec amertume, gâtés pourris, surprotégés par leur mère. Pourtant, il les aime bien ses petits-enfants, ce n’est pas de leur faute si leur père n’a pas su faire preuve d’autorité et leur imposer une éducation à la dure. Jamais ils ne suivront sa voie, celle du guerrier-voleur légendaire qui dépouilla en son temps, la caisse de retraite personnelle du premier édile. Ah ça non, ils n’ont pas l’étoffe… Mais peut-être n’est-il pas trop tard de les ouvrir sur la réalité. Et ce soir, ils lui en donnent l’occasion. Quelle foutaise de faire croire à ces marmots qu’un vieux bonhomme vêtu de rouge passe par la cheminée pour leur apporter des cadeaux ! Lui en plus, il sait mieux que quiconque l’origine de cette belle farce. Et s’il profitait de l’occasion pour leur révéler la véritable histoire du père Noël… ?

Il jette un coup d’œil derrière lui. Leurs parents se sont absentés le temps de faire quelques courses de dernière minute. Grimalda, son épouse, est en train d’éplucher les marrons qui accompagneront la dinde. Il est seul avec les deux marmousets, en train de poser des guirlandes dans le sapin… Lui, le grand Gordor Khan, pose des boules colorées dans un sapin et joue les garde-chiourme avec ses petits-enfants ! Oui, il est temps de leur faire payer à tous cette humiliation, et d’endurcir un peu ces gosses, les éveiller à la dure réalité du monde… Il se penche dans leur direction en s’assurant que personne d’autre ne peut le voir ou l’entendre, et leur glisse à l’oreille d’une voix mystérieuse…

- Je vais vous révéler un secret qui n’est partagé que des grandes personnes, mais j’hésite encore, car c’est une histoire qui fait peur…

Il sait que les enfants aiment avoir peur, Chaz et Keithy tombent aussitôt dans le panneau.

- Ouais mais nous, on n’aura même pas peur, répond Chaz d’un air bravache.

Keithy se redresse et approuve. Il sait que des deux, la petite fille est la plus courageuse de toutes façons, et qu’elle n’attend que ça. Mais Gordor Khan veut la pousser dans ses derniers retranchements.

- Je te préviens Keithy, il n’y aura pas de princesse, je veux vous confier la véritable histoire du père Noël, es-tu sûre de vouloir l’entendre ?

Son visage enfantin s’illumine d’un large sourire. Elle a dix ans et elle est déjà magnifique, songe-t-il alors. Elle en fera tourner des têtes celle-là. Elle est maline en plus, mais il faut un peu l’endurcir, et la préparer à la réalité de la vie. Cela le conforte dans son petit projet, un brin sadique les concernant. Mais il le fait pour leurs biens à tous deux, pour combler les défaillances d’un père trop mou, trop bienveillant… Un père qui ne joue pas son rôle de père… Une femmelette, quoi… Il s’assied en face de ses deux petits descendants, au pied du sapin, près de la cheminée, sur l’immense peau d’ours des cavernes qu’il a trucidé il y a moins d’un an. Il a beau avoir dépassé la soixantaine depuis belle lurette, la retraite c’est pas pour lui, la hache, il la manie encore bien. Il commence son récit par une nouvelle mise en garde, la voix rauque mais chaleureuse, encore pour quelques minutes…

- Ce que vous allez entendre est une vérité que l’on cache aux enfants, mais vous n’êtes plus vraiment des enfants, n’est-ce pas ?

- Nous sommes les descendants du grand Gordor Khan, le pourfendeur d’ours, le chef de la guilde des mains-lestes, lui répond Keithy qui ne pouvait pas lui faire plus plaisir avec cette répartie.

Il est conforté dans l’idée que cette petite est intelligente.

- Alors, je vais vous confier ce secret, répond-il, tout sourire en se frottant l’épaisse barbe grise et blanche, qui lui mange le visage de manière parcimonieuse (ne le faisant pas du tout ressembler au personnage de ce conte pour ceux qui aurait pu faire le parallèle). Le père Noël ne vient pas du grand nord, monté sur un traîneau tiré par des rennes, ajoute-t-il, en surveillant la réaction des petiots. Il a l’œil qui frise en percevant leur intérêt, leur déception aussi. Le père Noël est le plus grand voleur que ce monde ait connu !

Chaz croise les bras sur la poitrine et prend un air boudeur.

- C’est n’importe quoi ce que tu dis papy ! Qui c’est qui nous amène les cadeaux alors ? Et pourquoi qu’on fait des sapins, sinon ?

- Je ne peux te répondre qu’à une des deux questions car l’autre, j’en ignore la réponse, fiston.

- Qui que c’est qui fait des cadeaux ? S’empresse de demander le petit.

- Non, pourquoi on fait des sapins. Mais cesse de m’interrompre avec tes questions, je suis là pour te conter l’origine du père Noël, je vais pas t’expliquer toutes les fariboles qui ont été ajoutées par la suite pour embellir l’histoire. Tu veux connaître la vérité oui ou non ?

- Oui, mais c’est pas vrai, ce que tu dis, c’était pas un voleur.

- Bien sûr que c’en était un, réplique Gordor Khan, vexé ! Le plus grand des voleurs ! Et même qu’il n’y en avait pas qu’un à l’origine !

Keithy s’empresse de répondre en se tournant vers son jumeau.

- T’as vu, je te l’avais dit, des pères Noël y’en a des milliers, sinon comment qu’il pourrait être chez nous et à Edoras, Kos ou Camelot en même temps ! Je te l’ai toujours dit, il y a plusieurs pères Noël !

Chaz regarde sa sœur avec admiration, il nourrit une forme de complexe face à son intelligence et sa vivacité d’esprit. Heureusement, il est plus fort qu’elle !

- Oui, bon, calmez-vous. C’est mon histoire, et c’est la seule et unique vérité qui vaille sur le père Noël. Keithy tu exagères un peu. Il n’y a pas des milliers de pères Noël ! A l’origine, ils sont trois.

- Seulement trois ?

Gordor hoche la tête, un peu las, déjà, par toutes les remises en question, mais poursuit d’un air résolu.

- Trois pères Noël, oui… Un nain, un elfe et un humain !

Les regards des deux enfants s’arrondissent de surprise.

- Un nain père Noël, berk, fait Chaz en se composant une mine affreuse.

- Un elfe père Noël, il devait être drôlement vieux pour porter la barbe, car les elfes, ils vivent plus de mille ans et ils n’ont pas de barbes, fait remarquer la gamine.

Gordor soupire mais ne se laisse pas démonter.

- Le nain avait déjà sa barbe et il n’a eu qu’à la teindre en blanc, l’homme n’avait à l’époque que quelques poils au menton, à peine plus de vingt ans, alors il s’est collé une fausse barbe, et l’elfe, même à plus de mille ans, il a été aussi obligé de se coller une barbe. Mais tous les trois portaient le beau costume rouge que vous lui connaissez, avec une longue capuche pour dissimuler leur visage, un grand manteau pour y glisser leurs lames, et une grande cape pour cacher leurs cordes !

- Donc le père Noël n’atterrit pas par magie sur le toit des maisons, regrette Chaz.

- Evidemment non, se moque sa sœur. T’es nul d’y avoir cru. Ce sont pas des magiciens !

- Point de magie dans mon récit, les coupe Gordor avant que leur prise de bec ne dégénère en dispute et n’attire l’attention de sa femme. Il se ferait engueuler, ça c’est sûr, de briser leurs rêves d’enfant. Mais lui, ça le fait rire, le meilleur reste à venir. Il poursuit en contenant un petit sourire. Je vous l’ai dit, ce sont pas des magiciens, ce sont des voleurs. Ils s’étaient acoquinés avec un marchand du nom de Colas… Un vendeur de sapins, et accessoirement, vendeur de breuvages… le coquin qu’on le surnommait dans le milieu des voleurs. Un rude malin. Coquin Colas qu’on l’appelait entre nous… C’est lui qui a monté l’arnaque de Noël, la plus belle arnaque du siècle. Ce Coquin Colas est devenu le plus riche des marchands après ce coup !

- C’est lui qui a eu l’idée du sapin alors, devine Chaz.

- Oui, c’est bien mon petit, tu commences à percevoir les enjeux commerciaux de Noël. Ce Coquin Colas a lancé un grand concours dans la capitale. Ceux qui achèteraient un sapin à mettre dans leur foyer, près de la cheminée, éteinte bien sûr pour permettre à nos fameux pères Noël de descendre sans se brûler la couenne, recevraient en cadeau, une petite bouteille de la fabrication secrète de Coquin Colas. Ces corniauds sont tous tombés dans le panneau, ils ont acheté au prix fort les sapins de notre coquin. Avant même le jour fatidique, sa fortune était déjà faite. Que lui coûtait la mise en bouteille d’un breuvage infâme et coloré que personne dans son entourage n’avait apprécié auparavant, en comparaison des profits de la vente de ses sapins ? Chaque foyer en possédait un, il a tout vendu en moins d’une semaine.

La véritable histoire du Père Noël

- Mais les père Noëls, ils ont rien à voir dans l’histoire ? Regrette Chaz.

- Si, patience, ils entrent en jeu le soir de Noël. Les trois guildes de voleurs de Gorfalen envoyèrent leur meilleur représentant pour profiter de l’aubaine. La guilde des crocheteurs, tenues par les nains envoya un nain du nom de Rudolf, la guilde des monte-en-l’air dirigée par Pep Silvestriano, dit Pep Si parce que son nom était imprononçable, envoya l’un de ses représentants, Legolas qu’il s’appelait…

- L’inventeur des Légos, le coupa Chaz.

- Oui c’est ça, l’inventeur des Légos, répondit Gordor en levant les yeux au ciel. Mon pauvre Légolas ! Pardonne-lui, c’est un ignorant, son père ne lui a donné aucune éducation. Voyons Chaz, réfléchis deux secondes, Légolas est un voleur, pas l’inventeur de joujoux ridicules !

- Et l’humain, c’était qui ? Reprend la fillette qui voulait connaître le fin mot de l’histoire.

- Tu as bien raison de demander, Keithy, car c’est lui qui va remporter le concours. Mais patiente un peu…

La fillette est déjà passée à autre chose de toute façon.

- Le concours, quel concours ? Demande-t-elle.

- Nos trois voleurs avaient pour consigne de pénétrer les maisons et de profiter des cheminées éteintes pour s’en mettre plein les fouilles… Enfin non, plein la hotte devrais-je dire. Car ils avaient bien une hotte en plus de leur costume écarlate, mais pas pour y déposer des cadeaux, pour y prélever leur tribut. La règle était simple. Pas de victime, et déposer une bouteille de Coquin Colas au pied du sapin si par malheur l’un des trois venaient à se faire prendre. Ce qui est arrivé plus d’une fois et qui a ainsi donné naissance à la légende de ce brave homme en manteau rouge venant déposer une cannette en guise de cadeau. Le plus bel alibi pour nos voleurs, qui ont dérobé dans le même temps des dizaines de chaumières plongées dans le sommeil, et trop naïves pour surveiller leurs arrières.

- Alors ils avaient pas de cadeau dans leur hotte, déplore Chaz.

- Seulement quelques petites bouteilles de breuvage pétillant infâme. Le concours entre les trois voleurs devait s’arrêter pour celui qui ne possédait plus de cannettes à distribuer. Cela signifiait qu’il s’était fait prendre un trop grand nombre de fois. Dès lors, il devait rentrer à sa guilde et déposer au pied de son chef tous les présents dérobés dans les maisons.

- Je parie que c’est le nain qui a gagné, croit deviner Chaz.

Gordor hausse les épaules et prend un air désabusé.

- Pff, il a été le premier à rentrer à la guilde la queue entre les jambes…

- La queue entre les jambes ???

Sa femme se tient sur le pas de la porte, le rouleau à pâtisserie à la main, l’air plus furibonde qu’un barbare à qui l’on aurait dit que Crom n’existait pas. Nul doute qu’elle venait de surprendre leur conversation.

- La queue entre les jambes, reprend-elle en lui lançant des éclairs. Qu’est-ce que tu es encore en train de leur raconter ? Non mais t’as pas honte, la veille de Noël, raconter de pareilles insanités !

- Grimalda ! Voyons, non, ce n’est pas ce que tu crois, se défend Gordor d’une voix mielleuse.

- Il nous racontait l’histoire du père Noël, le défend Keithy.

Gordor lui fait les gros yeux pour l’intimer à tenir sa langue, ce que la fillette comprend parfaitement, en lui décochant un clin d’œil. Mais Grimalda sent l’entourloupe et avance d’un pas déterminé vers son mari.

- Allez file dans la cuisine, tu vas me donner un coup de main pour fourrer la dinde !

Gordor Khan se lève, faussement intimidé, et rejoint son épouse. Il arbore un sourire malicieux en passant devant elle.

- Fourrer la dinde, ma douce, il fut un temps où tu employais des termes plus romantique tout de même…

- Vieux cochon ! Rétorque-telle en lui fouettant les fesses à l’aide de son tablier.

Gordor Khan rit alors à gorge déployé et lance aux enfants avant de disparaître dans la cuisine.

- Désolé les enfants, le devoir m’appelle… Moi aussi j’ai droit à mon cadeau…

- Oh ! S’offusque Grimalda en lui en redonnant un coup sur les fesses.

Les enfants pouffent de rire de voir leur grand-père disparaître sous les coups de tablier de leur grand-mère.

Si vous voulez connaître l’épilogue de ce conte… Alors soyez bien sage, et peut être que le père Noël, l'an prochain, déposera au pied de votre sapin, en plus de votre petite canette, les feuillets qui achèvent cette histoire… 😉

La véritable histoire du Père Noël
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E
Magnifique ce partage passe une bonne soirée bisous
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