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Le monstre du lac

Le monstre du lac

                   Nous nous approchons du lac jusqu’à une petite plage de grève. Urina ne résiste pas au plaisir d’y tremper ses délicieux petons. Enfin, c’est ce que je crois jusqu’à ce qu’elle fasse glisser sa tunique et plonge dans le plus simple appareil dans le lac. Harken et moi l’observons en silence, gênés de profiter de la vision extatique de son corps, émus par tant de beauté.

 

- Bon, ben je crois que je vais la rejoindre, dit Harken en retirant à la hâte, ses bottes, ses chausses et le reste. Faut bien que quelqu’un veille sur elle, au cas où elle ne saurait pas bien nager…

 

Je regarde par-dessus son épaule et perçoit notre sirène exécuter à la perfection quelques brasses élégantes et sensuelles.

 

- J’en doute, dis-je en le regardant se précipiter vers le lac.

 

- Oui, mais on ne sait jamais, un malaise, une crampe, une hypothermie, un monstre marin surgissant des profondeurs du loch !

 

Il grimace au contact glacé de l’eau et se retient de faire demi-tour quand il croise mon regard moqueur. Harken s’est toujours rêvé en sauveur de demoiselles en détresse, mais là, tout ce qu’il va récolter c’est une bonne pelade. En plus, il n’y a rien pour faire du feu, il va se geler en sortant. 

 

- Ce n’est vraiment pas une bonne idée, insiste Mithra, d’un air soucieux que je ne lui connais pas.

 

- Il a toujours été insouciant, finis-je par dire en souriant à la vue de son petit cul grelottant entrer dans l’eau. Depuis le temps qu’il lui conte fleurette, il aura trouvé l’occasion de lui prouver sa bravoure. J’ajoute sur un ton lyrique et ironique. Regardez-le comme il ose affronter le froid glacé de ce chott de montagne ! Quel courage ! Quel aventurier intrépide !

 

- Se baigner à proximité du repaire d’une succube, je ne sais pas pourquoi, mais je le sens pas.

 

- Kora Sahn se terre au fond de sa grotte, elle n’en est probablement pas sortie depuis des années de peur de retomber sur l’un des démons qui cherchent à la ramener en enfer. Non, ce qu’ils risquent, c’est juste une pneumonie.

 

- Ce n’est pas Kora Sahn que je crains, répond Mithra en scrutant la surface du lac.

 

- Ah non ? Et quoi alors ?

 

- Le gardien de son repaire, finit-elle par dire d’un air sinistre.

 

A peine exprime-t-elle enfin ses craintes que je perçois un léger frémissement à la surface de l’eau. De légères vaguelettes viennent craqueler le vernis scintillant des flots. Un masque d’inquiétude passe sur le visage de notre sorcière.

 

- Ce n’est pas normal.

 

L’appréhension me gagne en voyant les vagues s’échouer sur les bords rocheux de l’étang. Existe-t-il un phénomène de marée ailleurs que sur les côtes océaniques ? Evidemment non… Mithra a raison, quelque chose s’est éveillée au fond du loch et provoque les remous que nos deux nageurs commencent eux aussi à percevoir.

 

- C’est génial, s’écrie Harken qui vient de rattraper Urina. Il y a même des vagues ! Allons Breth, tu peux venir, elle est trop bonne !

 

L’instant suivant, il se tourne vers Urina et l’enlace tendrement. J’hallucine où il lui roule une pelle sous mes yeux. Je le crois pas, l’enf… le veinard… Qui est trop bonne ? Urina ou l’eau du lac ?

Mais le baiser est des plus furtifs et va lui laisser un arrière-goût de frustration énorme car au bout de quelques secondes, elle le repousse brutalement, en hurlant. Ma première pensée est qu’il embrasse comme un pied, qu’il l’a mordu, ou qu’il a accompagné ce premier rapprochement d’une caresse peu galante sous la surface. J’attends la gifle en souriant, mais c’est tout autre chose qui se produit et attire notre attention, la mienne, mais aussi celle de Mithra, pétrifiée à mes côtés, et celle d’Urina qui hurle de terreur. Un énorme dragon vient d’apparaître au beau milieu du loch.

Son long cou a surgi de la surface en attirant l’eau, et en la modelant pour apparaître sous cette forme. Sa gueule reptilienne hérissée de crocs est cernée d’une crête semblable à celle des varans. Ses nasaux sombres et ses pupilles reptiliennes sont les seules notes colorées ou sombres de son apparence. Le monstre est entièrement constituée d’eau. Il n’en est pas moins redoutable, il balance sa gueule de reptile affamé à près de cinq mètres de la surface, je n’ose imaginer la masse de son corps encore immergé. A peine me posai-je la question, que la créature déploie ses ailes. Elles ont l’apparence d’os et de cuir, mais couverte d’écailles, comme le reste de son corps. Je perçois les ligaments qui relient les membranes, et qui ruissellent d’eau. La créature est entièrement liquide, je perçois presque les falaises à travers.

Le monstre du lac

Urina est pétrifiée face à l’apparition. Moi aussi je dois l’avouer, mais j’ai l’avantage de me trouver sur la berge, à une vingtaine de mètres du monstre. Urina et Harken sont à trois ou quatre mètres à peine du dragon, il n’a qu’à fondre sur eux pour les déchiqueter, il n’a même pas besoin de bouger.

Est-ce moi qui lui donne l’idée ? Lit-il dans mon esprit ? Voilà qu’à peine cette crainte formulée, la créature plonge dans leur direction. Urina est incapable d’esquisser le moindre mouvement, et c’est Harken qui la sauve d’une mort certaine en se jetant sur elle. Je vois leurs deux corps disparaître sous l’eau au moment où les crocs du monstre s’abattent à l’endroit où ils se trouvaient encore la seconde précédente.

 

- Il faut faire quelque chose, dis-je en me retournant vers Mithra Yette.

 

Mais alors que je pensais la trouver à mes côtés, mon regard ne rencontre que le vide. La bougresse aura pris les jambes à son cou, je ne la vois nulle part…  En revanche, il en est un qui m’a vu et qui se dirige vers moi, c’est le dragon du loch. J’en perçois toutes les proportions impressionnantes au fur et à mesure qu’il s’avance et découvre son corps en sortant de l’eau. Que nous avez sorti notre sorcière la dernière fois et que j’avais trouvé pas mal déjà ? Ah oui, ça me revient… « Fuyez pauvres fous… » Voilà, c’est ça qu’il faut que je fasse… Fuir, prendre les jambes à mon cou… Déguerpir bordel ! Mais pourquoi je bouge pas ?… Par les tous les diables des enfers ! (encore une nouvelle expression, je vais bien en trouver une qui claque !) Je suis cloué sur place, incapable d’esquisser le moindre mouvement, pétrifié… Je vais me faire gober par un dragon aquatique !

Le monstre du lac
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