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Le problème de la taverne, c’est l’addition (proverbe de Breth)

Le problème de la taverne, c’est l’addition (proverbe de Breth)

                   Le destin peut basculer en un rien de temps. Il suffit d’une décision, la bonne, si possible, pour que le cours de votre vie s’égaye. L’inverse est hélas aussi vrai. Mais ce soir-là, lorsque l’autre rabat-joie aux faux airs de Gandalf a quitté l’auberge après s’être fait rincer le gosier, si je n’avais pas eu la bonne idée de sortir mon luth, rien de ce que je m’apprête à vous confier ne serait arrivé.

Je dois admettre que je n’ai pas vraiment eu le choix. La vérité à laquelle je m’astreins dans l’écriture de ces chroniques m’oblige à vous dire que l’initiative n’est pas venue de moi, mais du tenancier, qui n’a pas vraiment apprécié l’ardoise que j’allais lui laisser. Il faut dire que trois doublons pour neuf bières, c’est un peu fort de café. D’accord, il y a les fées qui virevoltent dans tous les coins, les seins à l’air, les chopes à la main, mais il ne s’agit que d’un peu de houblon brassé quand même. C’est ce que j’ai eu envie de lui crier quand il m’a présenté l’addition.

- Vous avez occupé une alcôve avec banquette pendant presque deux heures, ose-t-il se justifier en me voyant, au bord de l’agonie, les yeux exorbités.

C’est que je n’ai pas cette somme sur moi, habituellement, c’est Harken qui règle mes notes. L’idée de me perdre dans la masse de clients me traverse l’esprit. Mais je me souviens qu’il y a deux semi-orks à l’entrée, aussi laids qu’effrayants, bardés de fer, qui se feraient une joie de me tabasser.

- Votre établissement sortirait assurément grandi si vous consentiez à me faire crédit, dis-je en essayant de me montrer aimable et convaincant. Ce n’est pas tous les jours qu’une taverne peut se targuer d’accueillir le plus grand barde du Royaume. Je le vois qui écarquille les yeux d’un air aussi ahuri que mécontent. Je sorts de mon sac, un exemplaire de mes chroniques (en vente sur Amazon « les chroniques de Bret & Harken… moins de 10 €… pub), et j’ajoute en posant plume et encrier sur son comptoir. Tenez un exemplaire de mon dernier succès, je vais vous le dédicacer, quel nom dois-je inscrire ?

Une fée se pose sur son bar au moment où il s’apprête à me répondre, et à en juger, les rougeurs qui couvrent ses joues, ce n’est pas pour me donner son nom.

- Alors ménestrel, tu nous quittes déjà, sans même pousser ta chansonnette ?

Il est bien connu que les fées apprécient la musique, celle-ci aura remarqué le manche de mon instrument qui dépasse de mon paquetage. Il faut dire que je lui ai donné l’occasion de survoler notre table une demi-douzaine de fois pour venir nous apporter nos bières. Elle aura eu le temps de me reluquer, moi, mon invité et mes bagages.

- T’es un barde ? me lance alors le gros tenancier, l’œil torve.

- Le meilleur.

- Tu connais des chansons ?

- Un répertoire à faire pâlir d’envie Kenji, Vie Annet, Saut Pra No et autre Cas Fée Gourmand !

J’aime assez l’allusion à ce dernier petit groupe peu connu mais qui fait le lien avec son établissement « les fées du logis » (pour ceux qui auraient déjà oublié le premier chapitre, putain, faut suivre un peu quand même !)

- Tu as la langue bien pendue, mais sais-tu seulement chanter ?

- Baryton, ténor, basse, ma voix accompagne au mieux mon instrument et mes musiques. J’ai joué devant la cour du roi Olaf, au mariage de la fille du comte Edelmarck, rempli les arènes de…

- C’est ce que je dis, tu parles trop, le coupe l’aubergiste. Tu payes ou je te fais couper la langue... Et les couilles aussi.

J’ai un peu bu alors j’ai envie de lui demander « pourquoi les couilles ? Quel rapport ? ». Mais je m’abstiens, suffisamment lucide malgré tout pour prendre conscience que cela ne ferait qu’aggraver mon cas. C’est ma petite fée, en attendant près de la pompe à bière, qui me sauve la mise.

- Allons Beef, laisse-lui sa chance, tu sais qu’on vole mieux lorsque l’air est empli de notes de musique !

Le tenancier me jette un regard circonspect avant de grimacer une réponse peu engageante.

- Si à la fin de ton premier morceau, j’ai pas une hausse de vingt pour cent des commandes, je te livre à mes monstres à l’entrée !

Vingt pour cent, rien que ça, il a le sens des affaires le bougre. Mais qu’auriez-vous fait à ma place ? Evidemment que vous auriez accepté...

- Comment vingt pour cent ? Vous sous-estimez mon talent, je le prendrais presque pour une offense !

Peut-être l’auriez-vous joué plus modeste que moi, je vous l’accorde, faut toujours que je fanfaronne.

- Vous avez sans doute raison, alors va pour cinquante pour cent !

Oups, faut vraiment que j’apprenne à fermer ma bouche… En attendant, cette bouche, il va falloir que je l’ouvre, et qu’il en sorte de jolies notes si je veux pouvoir rejouer de mon instrument dans les jours à venir.

que va-t-il sortir de ma bouche ? Je n'ai plus les idées claires, et la bouche est pâteuse, vais-je être lynché ou connaître le succès ? Vous le saurez au prochain épisode ;-)

Le problème de la taverne, c’est l’addition (proverbe de Breth)
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