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Kaamelot

Kaamelot

Mon retour ne serait pas un vrai retour sans mes fameuses controverses… Et quel meilleur sujet que le film sensation de cet été « Kaamelot » de mon ami Alexandre Astier (encouragé qui plus est par mon amie Vi Batz).

- Ami ? relève aussitôt Harken. Depuis quand t’es ami avec Alexandre Astier ?

Voilà, ça commence bien, je pensais débuter ma chronique sans Harken, passer ma petite intro tranquille, et le voilà qui débarque, ponctuel pour une fois, juste à temps pour me prendre en flagrant délit de contournement de vérité. Le bougre a raison, ce n’est pas vraiment un ami, je l’ai juste rencontré une fois, à un obscur salon, et nous avons échangé quelques minutes, il m’a oublié c’est certain.

- J’aime à appeler ami quelqu’un que j’apprécie, que j’admire même, cela te pose problème ? On n’est pas obligé de partager une quête ensemble (voir « la malédiction de la succube ») pour considérer quelqu’un comme un ami, si ?

- Ben, si, quand même, la définition d’un ami, c’est partager quelque chose ensemble : un trésor, une quête, comme tu dis, ou même une pinte. De ce que tu m’avais raconté, tu n’as même pas trinqué avec ton bonhomme.

- Bon, on peut parler de son film ? Ma rencontre avec Alex (je me souviens lui avoir tapé sur l’épaule pour le saluer, et l’avoir appelé Alex), n’intéresse pas grand monde. En revanche, à l’heure où on parle, le bonhomme a quand même attiré 2,5 millions de spectateurs en salles. C’est dire l’intérêt qu’il a suscité.

- Un exploit, au vu du contexte pandémique, approuve Harken en s’asseyant à la table que je nous ai réservée. Surtout qu’une semaine après un départ canon, le pauvre avait vu l’instauration du pass sanitaire pour pénétrer dans les salles obscures. Je t’en foutrais, moi des pass !

- Oui, bon, on devine ton aversion pour tout ce qui est autorité, autorisation, contrôle, mais ce n’est pas le sujet.

- Moi, les pass, je m’en sers pour crocheter vos portes, claironne-t-il en se levant.

Voilà, je retrouve mon Harken tel que je l’ai quitté. Bravache, insolent, mais joyeux, et indéniablement sympathique. Je le saisis par la ceinture et d’une poigne virile (j’ai fait un peu d’exercice cet été, ça se sent), je le cloue sur son siège.

- Ce n’est pas ce genre de controverse que je voudrais aborder ici, lui dis-je en l’invitant à baisser d’un ton.

Weenara, notre délicieuse serveuse nous rejoint à point nommé pour déposer nos deux premières pintes mousseuses et fraîches à souhait. Le meilleur moyen de le faire taire. Ma belle m’adresse un sourire délicieux, ce qui ne manque pas de faire rire Harken, qui connait mes sentiments pour la donzelle, et ne manque jamais une occasion de se gausser de ma timidité.

- Bon, ça va, tu m’énerves ! Dis-moi plutôt ce que tu as pensé de Kaamelot. Tu es là pour ça !

Kaamelot
Kaamelot

Il porte la pinte à ses lèvres et en descend presque la moitié. Quelle descente !

- A Arthur et à la table ronde ! s’écrie-t-il avant de lâcher un rot bien sonore. Franchement, que veux-tu que je te dise, je ne vais pas être très original, j’ai adoré, tu le sais, je suis même retourné le voir deux fois.

Nous sommes, tous deux, admiratifs de la série, il faut le préciser, mais si j’ai décidé d’en faire une controverse aujourd’hui, vous devinez que je ne partage pas le même enthousiasme sur le film.

- Eh bien moi, je dois le confesser d’emblée, le film m’a beaucoup déçu.

- Ah quel pisse froid tu fais ! Dix ans qu’on l’attendait ce film ! Ton pote Alex, il s’est battu comme un beau diable pour monter son projet, rassembler les espèces sonnantes et trébuchantes, te faire un casting aux petits oignons, et toi, tu vas débarquer avec tes gros sabots et lui démonter son film ?

Hélas, il n’a pas tort, c’est un peu l’idée.

- Le film, on l’a vu ensemble, et même en avant-première tellement on était impatient de voir le retour d’Arthur sur grand écran, alors ça me fait mal de jouer les pisse-froid comme tu dis, et démonter le film. En plus j’avoue que j’adore Alexandre Astier, c’est un type passionné, qui s’investit à fond, qui a un imaginaire débordant, il gagne vraiment à être connu. Mais une fois qu’on a dit tout ça, est-ce qu’il m’est possible de dire que son film est mauvais… voire même très mauvais !

- Le dire, oui, on ne va pas te museler, joue pas les victimes ! Mais t’as intérêt à avoir de vrais arguments, sinon, bois un coup et passe à autre chose. Car moi, je te le dis, il a un petit peu plus de fans que toi, ton pote Alex, tu vas en décevoir plus d’un.

Je suis son conseil et trempe mes lèvres dans ma cervoise. Je cherche mon premier argument.

- Tu as évoqué à l’instant le budget du film, parlons-en. Que te dire ? C’est un des points qui me gêne. Il y a de l’argent à l’écran, mais il est utilisé à payer des figurants burgondes ridicules avec leurs costumes colorés ! En conférence de presse, il disait qu’il y avait un vrai budget et de vraies batailles, je n’ai rien vu de tel à l’écran ! J’ai vu une succession de sketchs pas drôles, ou en tous cas très inégaux, un film qui s’essouffle au bout de vingt minutes, au moment où on espère voir arriver le second souffle. J’y ai cru avec l’apparition d’Alain Chabat, mais sitôt la scène passée, et paradoxalement, au moment où la vraie quête d’Arthur s’annonce, le film devient lent et ennuyeux !

Kaamelot
Kaamelot

- Quoi ? Mais Alain Chabat est excellent comme d’habitude, et c’est à partir de ce moment que l’on retrouve les anciens de la table ronde, que l’on comprend ce qu’est advenu du royaume de Logres, la tyrannie de Lancelot, ça démarre vraiment tu veux dire.

- La scène avec la pseudo table ronde dans la forêt d’Aquitaine, autour de laquelle prenne place les gueux, est pitoyable. Des gosses en guenilles qui se cherchent un nom et jurent allégeance au nouveau roi ! Qu’est-ce que ça fout là ? Ca nous rallonge le film et le rend lent et ennuyeux, je persiste et signe.

- C’est un sketch, pas le plus réussi, mais c’est un sketch, c’est dans l’esprit de la série, l’esprit Kaamelot !

- Il n’y a pas beaucoup de sketchs réussis, j’ai même du mal à t’en citer un ! La rencontre avec Chabat m’a redonné espoir le temps de son apparition, mais quelques minutes, tout au plus ! L’esprit Kaamelot, c’est l’humour, la répartie, la vivacité de l’esprit. Là, ça manquait vraiment de souffle. Le rythme d’un film de deux heures n’est pas celui d’un sketch de cinq minutes, c’est ce que je retirerai comme explication à ce qui me semble être un échec cuisant. Pas facile d’être drôle pendant tout un film en essayant d’enfiler les gags basés à la fois sur le visuel et les dialogues. La série, c’était avant tout les dialogues, fins et ciselés au bistouri, le visuel, ce qui était plaisant, c’était le côté réaliste des décors et des costumes. Là les dialogues sont très limités, peu inspirés, les décors sont inexistants faute de moyens visiblement, et les costumes, merde, c’est quoi ce look débile qu’ils ont collé à Sting, aux Saxons, à Lancelot, aux Burgondes. Il faut couper la tête au styliste, et aussi au chef costumier, ça fait tâche ! A chacune de leur apparition, je ne pouvais m’empêcher de soupirer.

Kaamelot
Kaamelot

- La costumière à qui tu veux trancher la tête, c’est Marylin Fitoussi, une pointure, elle a travaillé sur Valerian et les 1000 planètes, t’y connais rien, Breth ! Il y a toute une symbolique dans le costume de Lancelot. Il ressemble à une chrysalide, ou à une toile d’araignée, Alexandre Astier est arachnophile, il adore les araignées ! Cela montre que notre méchant est engoncé, prisonnier de sa cruauté, en pleine métamorphose, au point de ne pouvoir bouger et s’exprimer librement. Tu verras dans le second ou le troisième volet, si ça se trouve, il se sera transformé en bête !

Je grimace une réponse peu convaincue.

- Mouais, bof. Et les burgondes colorés, tu vas me sortir quoi ? Le côté décalé et burlesque ? Pas convainquant, désolé. Et Sting, quel gâchis de l’utiliser aussi peu et aussi mal ! Non, vraiment, c’est mauvais, même les historiques de la série n’ont pas l’air d’y croire. Pour moi, ils n’ont pas su changer de braquer pour s’adapter au cinéma… tous autant qu’ils sont… Mais Alexandre Astier en premier lieu, puisqu’il multiplie les casquettes. Et si justement, il déléguait un peu pour le second volet, s’il acceptait de lâcher prise un peu…

- C’est son bébé… hic… Il veut tout contrôler… Hic…

 

Allons bon, il a vidé sa pinte, et maintenant, il a le hoquet… Pauvre Harken…

- Oui, mais bon, à vouloir trop contrôler, on manque de recul, d’objectivité, il s’est laissé dévoré par l’œuvre qu’il a créée… Si j’étais vraiment méchant, je dirais qu’il s’est laissé dévoré par le monstre qu’il a créé.

- Un monstre… Hic… Kaamelot ? T’y connais vraiment rien ?

- Laissons le public juger !

- Ben alors là, hic… Excuse-moi de te dire… hic… Que ta conclusion est naze ! Hic… 2,5 millions d’entrées… Hic… Ca parle pour lui, non ?

Pas faux, évidemment…

- Oui, mais il y avait un tel réservoir de fans qui attendait la sortie du film, que même mauvais, il était assuré de faire un tabac ! A voir maintenant l’indice de satisfaction.

- Le bouche à oreille doit bien fonctionner, hic… 2,5 millions d’entrées je te dis !

- Oui, bon, ce ne serait pas le premier nanar à cartonner. Pour en avoir discuté avec d’autres fans, ils reconnaissent en privé que c’est inégal, pas un chef d’œuvre, mais refusent de condamner le film. Ils sont de mauvaise foi, comme toi en fait !

- Ah il suffit, s’esclaffe-t-il en se levant, comme si je venais de bafouer son honneur. Tu vas répondre de cet affront immédiatement !

Je suis surpris autant par sa véhémence que par la disparition subite de son hoquet.

- Et comment je te prie ?

- En nous commandant une autre tournée, pardi ! Et sort ton luth, tu vas bien nous jouer un air quand même !

Il s’esclaffe et se moque de mon air ahuri. L’espace d’un instant, j’ai bien cru qu’il voulait en venir aux mains. Il me donne une bonne tape sur l’épaule, et je hèle aussitôt Weenara pour fêter comme il se doit, notre retour parmi vous !

Kaamelot
Murol, dans le puy de Dôme, a été lieu de tournage. Pas Kaamelot mais le château de Léodagan (Lionel Astier) en pleine reconversion de jardinage ;-)

Murol, dans le puy de Dôme, a été lieu de tournage. Pas Kaamelot mais le château de Léodagan (Lionel Astier) en pleine reconversion de jardinage ;-)

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